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vendredi 8 janvier 2021

La Bâtarde d'Istanbul: à la recherche des origines




La Bâtarde d’Istanbul de l’auteure turque Elif Shafak est un roman paru en 2006, il compte 378 pages. Il est traduit de l’anglais par Aline Azoulay. C'est une histoire turco-arménienne qui touche cinq générations.

Asya, la bâtarde d’Istanbul, fut élevée dans une famille de femmes. Elle a fait la connaissance d’Armanoush, la belle-fille de son oncle, qui était de mère américaine de père arménien. En effet, elle arriva à Istanbul à la recherche de son origine arménienne. La famille de son père était la descendance de survivants du génocide commis par les turcs de l’empire Ottoman contre la minorité arménienne de Turquie en 1915. La grand-mère d’Armanoush, Shushan, avait quitté son mari turc et son fils Levent pour rejoindre son frère arménien en Amérique. Levent était le père de Zeliha, la mère d’Asya !

Elif Shafak pose la question de la place de notre passé dans notre présent, et l’importance des origines. Faut-il que la bâtarde d’Istanbul cherche son père ? Faut-il qu’Armanoush cherche son identité arménienne, celle de ses ascendants ? Fallait-il que Shushan, arménienne, quitte son mari turc pour aller chez son frère arménien ? Fallait-il que Mustapha oublie sa culture turque quand il vivait en Amérique ?

C’est un récit passionnant, très réel, proche du lecteur. A côté du sujet principal, Elif Shafak nous régale avec de belles descriptions : dîner en couple, petit-déjeuner en famille, salon turc, promenade à Istanbul, sons au bord du ferry, Istanbul au petit matin..

Aussi, les détails seront appréciés: nourriture, paroles d’une chanson, une moustache, des tatouages, les titres de livres, un tapis, un bureau, une recette turque, une émission télévisée, un chat…

Les Kazanci

Zeliha Kazanci, d’Istanbul, osait sortit avec des mini jupes et des chemisiers ajustés. Elle avait dix-neuf ans quand elle était tombée enceinte hors mariage. Elle était la benjamine d’une fratrie de quatre sœurs.

Sa sœur Feride, était schizophrène. Les deux autres sœurs étaient Banu la grosse, et Cevriye, professeur d’histoire. La mère s’appelait Gülsüm et la grand-mère était Petite-Ma.

Les hommes de la famille étaient tous morts jeunes, frappés par une malédiction. Ainsi quand Gülsüm eut un garçon, Mustapha, il fut considéré comme un trésor. Elle l’envoya étudier en Arizona aux USA pour le protéger de la mort par malédiction.

Rose et les arméniens

Rose, américaine, divorça après un mariage avec un arménien, Barsam. Elle s'est remariée avec Mustapha, le turc. En fait, la famille arménienne de son ex-mari, les Tchakhmakhchian, réprouvait les turcs. Ils étaient les descendants de survivants du génocide des turcs contre les arméniens en 1915.

La bâtarde d’Istanbul et sa famille

Asya Kazanci, la fille de Zeliha, a su à l’âge de huit ans qu’elle était née bâtarde. Au fil des années elle comprit qu’elle avait une famille anormale. A dix huit ans elle a échoué une tentative de suicide. A dix-neuf ans elle se distinguait par sa rationalité. Elle était distante de sa mère et de ses tantes. Elle aimait la musique, la danse classique et la philosophie.

Tante Banu devint une voyante. Ensuite elle déclara vouloir se consacrer à Dieu et devenir comme les derviches d’antan. Ainsi elle s’enfonça dans sa solitude. Zeliha, toujours séduisante, a ouvert un salon de tatouage.

Armanoush

Armanoush, la fille de Rose, a vingt et un ans . Elle aimait se rendre chez les Tchakhmakhchian, pendant des mois, à San Francisco, ils étaient affectueux. 

Elle trouva refuge dans un cybercafé qui unissait des arméniens et des grecs descendants de Stambouliotes. Leur ennemi commun était « les turcs ». Ils abordaient la question de l’identité arménienne. Armanoush sentait son problème d’identité

 « Son enfance fragmenté l’avait empêchée de s’inscrire dans une lignée, de trouver son identité ». 

Elle leur exprima son désir de retrouver le passé des siens en Turquie, en voyageant à Istanbul chez la famille de Mustapha.

Petite-Ma

Elif Shafak évoque, par le personnage de Petite-Ma, la prière, le coran et la préservation du contre le mauvais œil.

Petite-Ma était jeune en 1923 lorsque sa mère, veuve, avait émigré à Istanbul. Elle se maria, à la traditionnelle, avec Riza Selim, ancien chaudronnier devenant fabricant de drapeaux. Il avait un fils de sa première femme qui l’avait abandonné, il s’appelait Levent. Ensuite Riza Selim a du choisir un patronyme : Kazanci. Son mari mourut de façon inattendue comme tous les hommes Kazanci. Ainsi Petite –Ma vint à croire au mauvais œil.

Armanoush à Istanbul

A la recherche de son identité arménienne,  Armanoush débarqua en secret à Istanbul chez les Kazanci. En effet elle était la belle-fille de Mustapha.

A Istanbul, Armanoush fut étonnée de voir Zeliha avec sa mini jupe et sa sœur Banu avec son voile ! Elle découvrit le charme du salon de la maison des Kazanci, les turcs:

« …une peinture à l’huile bucolique représentant un paysage trop pittoresque pour être réel, un calendrier illustré de photos de hauts lieux de la Turquie, une amulette contre le mauvais œil, un portrait d’Atatürk en smoking secouant son chapeau en direction d’une foule hors cadre. Tous ces souvenirs et ces nuances vives de bleu, de bordeaux, de vert océan, de turquoise donnaient à la pièce cette atmosphère lumineuse qui ne devait rien aux lampes ni au soleil. »

A table, elle remarqua des plats qui faisaient partie de la cuisine arménienne. Armanoush expliqua que son arrière grand-père était sur la liste des intellectuels arméniens à éliminer. Et elle raconta l’histoire de la déportation de sa famille arménienne par les turcs de l’empire Ottoman en 1915. En outre elle était amie avec la bâtarde d'Istanbul.

Le passé et le présent

« Pour les Arméniens, le temps était un cycle au cours duquel le passé s’incarnait dans le présent et le présent donnait naissance au futur. Pour les Turcs, le passé s’arrêtait en un point précis, et le présent repartait de zéro à un autre point. Entre les deux, il n’y avait que du vide »

A la place de la maison de grand-mère Shushan, la grand-mère d’Armanoush, il y avait un immeuble. Un chef cuisinier avait expliqué à Asya, la bâtarde d'Istanbul, et Armanoush: 

« Il reste peu de vieilles familles stambouliotes ici…Dans le temps la ville était si cosmopolite ».

Tante Banu

Tante Banu se lève la première avec l’appel à la prière de l’aube. Elle parlait avec ses djinn, Mer Amer et Mme Douce. Mer Amer la servait depuis plus de six ans. En effet elle lui demandait des événements, des secrets, pour répondre à l’attente des ses clientes. Mais la seule faveur personnelle était de lui demander le nom du père d’Asya, la bâtarde d'Istanbul.

Shushan

Hovhannes Stamboulian, un arménien, écrivait un livre pour enfants, en secret. Sa femme s’appelait Armanoush, et il avait trois garçons et une fille : Shushan, la benjamine.

Des soldats turcs vinrent chez l’écrivain avec l’ordre de fouiller la maison. En effet des insurgés arméniens lisaient ses poèmes et se rebellaient contre le sultanat ottoman. Varvant, le fils aîné, alla chercher l’oncle Levon et trouva son apprenti chaudronnier Riza Selim. Mais oncle Levon était arrêté par les soldats. Varvant ne trouva pas de secours.

« …même quand ils furent expulsés de la maison en pleine nuit par des soldats et qu’ils se trouvèrent sur la route, au milieu de milliers d’Arméniens épuisés, affamés, battus, cernés par des soldats à cheval… ».

Ainsi, les enfants devinrent des orphelins égarés sauvés ensuite par des missionnaires américains, ils demeurèrent à San Francisco.

Mer Amer continua à raconter à tante Banu l’histoire de Shushan la grand-mère d’Armanouch.

Le passé pour les arméniens et pour la bâtarde d’Istanbul

Armanoush présenta Asya, aux membres du cyber café. On soulevait la question du génocide passé et là Esya souleva le problème de son passé. Le passé est-il mort ou s’insère-t-il dans le présent ? Est-on responsables des crimes de nos pères ?

Shushan, l’arrière grand-mère de la bâtarde d’Istanbul

Banu avait une broche en forme de grenade, son père la lui avait donnée, il l’avait héritée de sa mère qui l’avait abandonné. Banu a su par la magie que cette broche avait appartenu à Shushan.

Armanoush, après l’arrestation de son mari, découvrit la broche en forme de grenade dans son bureau à côté d’un manuscrit inachevé. Riza Selim Kazanci avait vu Shushan, petite, dans un orphelinat. Il sut qu’elle était la nièce de son maître chaudronnier. Alors il l’épousa et fut appelée Shermin Kazanci. Ils eurent un garçon : Levent.

Des années après, le frère de Shermin venant d’Amérique se présenta et lui offrit la grenade en or. Après une semaine elle voyagea vers l’Amérique laissant une lettre d’excuse et la broche.

Banu refusa de dévoiler à Armanoush le secret de sa grand-mère mais elle lui donnera la broche.

Mustapha

Mustapha avait violé sa sœur Zaliha il y a des années à la suite d’une dispute. Il mourut subitement à Istanbul. Après sa mort, Zeliha annonça à sa fille, la bâtarde d'Istanbul, qu’il était son père.

Citations :

Qu’importe ce qui tombe du ciel, jamais nous ne devons le maudire

Si les réponses ne t’intéressent pas ne pose pas de questions

Le passé n’est qu’un lien dont il faut savoir s’affranchir

Ne me plonge pas à la fois dans la connaissance et dans l’impuissance

Je ne peux pas changer la direction du vent, mais je peux ajuster mes voiles pour toujours atteindre ma destination

Le passé n’est jamais mort et enterré

 

dimanche 2 février 2020

Crime d’Honneur de l’auteure turque Elif Shafak: toute la culture de l'honneur

Résumé de Crime d'Honneur de l'auteure turque Elif Shafak

Crime d’Honneur raconte l’histoire d’une famille originaire d’un pauvre village kurde, exilée à Londres, et dont la vie a été tourmentée par le déshonneur. Les événements se déroulent le long de 4 générations : Naze, ses filles Pembe et Jamila, Esma et sa fraterie, et finalement les petites Jamila et Layla.


Elif Shafak commence son roman par la narration d’Esma : A Londres, en Septembre 1992, Esma se promet de raconter l’histoire de sa mère qui est "morte deux fois". Ensuite elle alla rencontrer son frère qui sort de prison après 14 ans d’incarcération. En effet, son frère était meurtrier. Elif Shafak utilise un style journalistique où on lit ce que racontent des narrateurs différents à des dates différentes selon un désordre intrigant et très réfléchi ! On comprendra par la suite  quel meurtre a été commis pour crime d’honneur !

Dans ce roman, à côté de la notion centrale, l’honneur, on touche de très près d’autres problématiques : le respect de la volonté de Dieu, la destinée, la croyance au monde au-delà du visible, l’immigration, la tolérance, la différence, l'amour maternel…

D’un village près d’Euphrate jusqu’à Londres

L’histoire commence en 1945. Dans un village kurde près d’Euphrate. Naze, mère de 6 filles, accouche de deux jumelles : Pembe et Jamila. Pourtant elle désirait un garçon. Des années après, Adem, venant d’Istambul, passait pour rendre visite à son frère Khalil qui faisait son service militaire. Il voulait épouser Jamila, mais le père des filles refusa car elle était non vierge, alors il épousa sa jumelle. Ils ont donné naissance à Iskander et Esma. 

Après des années à Istambul, ils se sont exilés à Londres en 1970 où ils ont eu leur troisième enfant : Yunus. Edam jouait au pocker, perdait son argent, et Pembe devait travailler dans un salon de coiffure à Londres. Désormais, le père finit par quitter sa famille pour vivre avec une danseuse bulgare et s’abandonner aux jeux.

Le crime d’honneur

Edam était le fils d’un ivrogne, il avait deux frères, Tariq et Khalil. Sa mère, tourmentée par sa mauvaise condition familiale, les avait abandonnés pour fuir avec un autre homme. Ainsi, le déshonneur atteint sévèrement la famille et le père finit par en mourir.

A Londres, en 1987, Pembe commençait à fréquenter un étranger qui lui faisant des rendez-vous dans des salles de cinéma. Et Iskander, son fils ainé âgé de 16 ans, fut au courant il s’est décidé à la tuer par coup de poignard. C’était bel et bien un crime d’honneur. Iskander s’est enfui mais en fait Pembe n’était pas morte. Quand sa jumelle venait lui rendre visite à Londres, Iskander a poignardé sa tante la croyant sa mère, et fut par la suite arrêté. Les gens en parlaient : un adolescent tue sa mère pour crime d’honneur. Mais Pembe avait réussi à vivre en cachette avec l’aide de Yunus et Esma qui avaient  bien caché sa présence. Par la suite elle s’est ré-apatriée là où vivait Jamila sa sœur.

En outre, quand les jumelles étaient petites, elles avaient une grande sœur, Hediye, qui les avait prises en charge après la mort de leur mère Naze. Hediye s’était un jour enfuie loin du village avec un étranger. Puis, à son retour, on lui avait offert une corde avec laquelle elle s’est suicidé; pour crime d’honneur. 


Après le crime d’Iskander, Yunus et Esma habitèrent chez leur oncle Tariq, puis furent envoyés dans une pension. Esma avait poursuivi ses études en anglais et avait rencontré Nadir, un immigré d’origine palestinienne. Mariée, elle avait eu aussi deux jumelles : Jamila et Layla. Par peur du déshonneur, elle avait caché la vérité à ses filles. Ainsi, le jour où elle avait ramené Iskander à sa sortie de prison, elle avait dit que son frère revenait d’un long voyage en Alaska. Ainsi elle avait caché le crime d’honneur.

La notion d’honneur

Selon les anglais, Iskander représentait une culture différente de la leur, incompatible avec la civilisation : « Cet homme est le prototype du genre d’immigrant dont les idées sont clairement incompatibles avec les tenants fondamentaux de la civilisation européenne ». En fait, « Certains hommes n’ont, sur cette terre que leur honneur ». Mais les anglais ne comprennent pas ce mode de pensée. Leurs épouses peuvent embrasser ou danser simplement avec un autre homme. On respecte le mot « couscous » mais le mot honte était pris à la légère, alors que pour les kurdes, la honte de fréquenter un étranger valait un crime d’honneur. 

Quelques citations 


  • -       Un homme qui vit trente mauvais jours vieillit  trois fois plus vite que celui qui a vécu un mois de jours pas si mauvais.
  • -       Accepter les gens tels qu’ils étaient nés revenait à accepter le projet divin.
  • -       Chaque créature est destinée à défiler, changer et compléter autre chose. Un moustique n’est pas moins important qu’une luciole, le cuivre que l’or. C’est ainsi que Dieu, le Grand Bijoutier, a conçu l’univers.
  • -       Le fou parle, le sage écoute.
  • -       Tu veux monter ? Commences par te critiquer. Un homme qui ne voit pas ses fautes ne guérit jamais.
  • -       Quand on aime et on est aimé, quand on libère l’énergie mauvaise, on approche du ciel.
  • -       Les eaux calmes sont profondes.
  • -       C’est plus difficile de devenir fou quand on est reconnaissant.